Motion capture & gravure laser sur verre, de poses de prière des 3 religions monothéistes avec un trader, 4x14 lames de verres, 30 x 30 x 25 cm, 2016.

 

Vanity Fair #5

 

 

 

 

 

 

Avec ses allures de magazine de mode féminine, le titre de l’installation de Ronald Dagonnier touche la question de la vanité … mais avec une portée davantage attachée à l’acception commune du mot qu’à sa signification dans la sphère des Beaux-Arts. Il s’agit en effet moins de soumettre un momento mori évoquant l’existence humaine et sa finitude que de pointer ce sentiment d’orgueil ostentatoire ou le caractère de ce qui est vain et vide de sens.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comme les autres pièces de la série Vanity Fair que l’artiste développe depuis 2012, ce cinquième opus pour Art&Métaux poursuit une exploration de la décomposition du mouvement des corps associée à des questions de société. « L’élément qui revient avec le plus d’évidence, explique Dagonnier, est la mise en scène de squelettes au départ de captations du déplacement de mon propre corps, qui sont ensuite retravaillées par une série d’outils numériques. »  Vanity Fair #5 comporte trois pièces qui reprennent les gestuelles de prière des grandes religions monothéistes – judaïsme, christianisme, islam - ; une quatrième montre des éléments du langage des signes des traders de parquet, cette ‘espèce’ d’opérateur en bourse aujourd’hui en voie de disparition mais qui peuplent l’imagerie que nous partageons des salles de courtage dans les grandes ‘places’ internationales. On relèvera avec Anne-Françoise Lesuisse  qu’il ne s’agit pas de rejeter les croyances religieuses en tant que telles ; Dagonnier cherche plutôt à alerter de la menace de l’uniformisation et du partage des radicalismes qui laissent de côté le savoir au profit de l’obéissance. On suivra encore la même auteure sur la présence du trader : poindrait l’idée que de nouvelles croyances apparaissent, lesquelles respecteraient les contraintes et les dimensions de représentation, d'observance et de dévotion ritualisée des religions historiques, dans un même esprit de servilité muette et d'ignorance.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Singularité de Vanity Fair #5 par rapport à l’ensemble de la série : le dispositif d’exposition ne recourt pas à l’image projetée. Les différentes phases de mouvement sont gravées au laser sur des lames de verres … un choix qui traduit une réflexion sur la nature immatérielle des œuvres numériques et sur la possibilité de leur conférer une présence sculpturale.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Autre particularité de l’installation de Jehay : ici davantage qu’à l’habitude, l’image ne se donne pas d’emblée. Elle se révèle. A la manière de certains procédés d’anamorphose, la perception des figures et de leurs mouvements tient à l’angle de vue, à la distance à observer et, par conséquent, à une temporalité puisqu’on ne peut pas voir le sujet en permanence. Outre qu’attirer l’attention sur la fragilité de ce que nous saisissons, la complexité à déchiffrer la pièce nous amène dans le sillage de la longue histoire des motifs doubles, cryptés par jeu ou pour dissimuler un message politique, philosophique, moral, religieux ou érotique... Dans l’esprit des images-devinettes en vogue au début du siècle passé, la dimension ludique est ici présente mais elle se prolonge dans une considération sur la nature de nos perceptions et en particulier sur le principe de la « bonne forme » suivant lequel nous tendons à organiser les éléments d’un tout en un schéma plutôt qu’en un autre en fonction de nos attentes : à la recherche d’éléments figuratifs, le regardeur déterminera une organisation des différentes gravures du verre suivant laquelle le mouvement des squelettes est donné comme devant apparaître.

 

 

Pierre Henrion, 2016.

 

"Vanity Fair #5 : 3 religions monothéistes et un trader"

 

© Ronald Dagonnier 2016