"Abîmes"

SPACE Collection, Liège.

du 19.10 au 09.11 2019

 

Réalisée numériquement sans la moindre image filmée, la vidéo de Ronald Dagonnier montre un tourbillon noir. Son bouillonnement est soutenu par le vacarme d’une eau agitée. Des reliefs produits par une imprimante 3D en reprennent les moments les plus plastiques. Ils figent le mouvement des volutes mais en préservent la force. Le processus matérialise le calcul informatique d’un objet qui n’existe pas dans notre réalité mais en reproduit quelques principes - ceux d’un maelström par exemple -, comme dans une nature reconstituée. Le choix de la dorure à la feuille ouvre encore plus grand le spectre d’interprétation. Dagonnier déclare dans cet ordre d’idées ne pas être ennuyé « qu’Abimes puisse être lue en dehors de ce que j’y ai placé : cela ne me dérangerait pas qu’on y reconnaisse des allusions non préméditées, aux désastres des migrants par exemple. » Ainsi peut-on - peut-être par facilité, fatigue ou indolence - revenir à la poétique de l’œuvre ouverte, selon laquelle le message d’une création artistique serait ambigu, recèlerait une pluralité de sens et offrirait l’occasion à ses regardeurs de s’y projeter librement.

 

Ceci dit, Ronald Dagonnier ne nous abandonne pas complètement. Dans la puissance figurative des reliefs, de la vidéo ou par le titre de l’exposition, il livre bien quelques indications. Son travail a à faire avec le vide, le gouffre très profond, la noyade, l’asphyxie, l’énergie menaçante, le néant, l’immensité effrayante, la puissance des éléments déchainés mais aussi avec une mise en ordre dans le genre des récits de la Création. Et l’artiste de confirmer : « Je travaille sur le Tohu Bohu ». De nouveau, la question de l’agitation confuse revient, mais il y a aussi l’acception biblique : dans la Genèse, la Terre est le Tohu Bohu, ténèbres sur la face de l’abîme dont la vidéo rend la force inquiétante, l’avancée inéluctable. C’est une nature qui nous enveloppe et nous comprend ; son extrême amplitude nous dépasse ; on ne l’analyse pas ; elle est sublime.

 

Pierre Henrion, 2019.

Emission RTC 15 novembre 2019

54ES Fêtes de la Saint Martin, Tourinnes-La-Grosse, (B) “Abîmes”.

.11 2019

 

© Ronald Dagonnier 2020